La chaleur s'abattait sur Alger en ce mois de Juin. Alger la blanche, avec son soleil précoce, ses travailleurs matinaux et les odeurs fortes des marchés. Le calvaire ne faisait que commencer, chacun devra subir la chaleur du mieux qu'il le peut.
Les muscles engourdits, la fatigue et la sensation d'être sale même en ayant prit une douche la veille composaient l'état au réveil de chaque adolescent algérois à cette période de l'année. Car dès le levée de soleil, la température grimpait bien au dessus de trente degrè celcius. Mais les cours étant fini depuis longtemps, Méjda ne se réveillait généralement qu'à quinze heure.
Or ce jour là, elle se réveilla légérement avant mais voulu prolonger cette agréable torpeur. Quand elle replongeait enfin dans les bras de Morphée, elle entendit un cri, terrible, puissant et sincére. Et puis il s'étouffa de lui même et tomba dans l'oublie le plus total; les nuisances sonores c'était commun et banal.
Méjda alla se débarasser le surplu que contenait son corps aux toilettes puis se rinça le visage. A l'heure où on prend habituellement le goùter, elle n'en était qu'au petit déjeuner. C'était lait et biscuits au chocolat devant une émission stupide d'une chaine de télévision satellite; La mondialisation avait affecté toutes les couches de la société, et l'Algérie était probablement devenu en quelques années le pays le plus parabolé au monde, les façades des batiments comptaient en effet pratiquement autant de paraboles que de foyers.
Qu'indiquez le téléphone portable ? Un message reçu :
_ Coucou Mimi, on va à la plage avec à peu près la même bande que la dernière fois. J'espère t'y croiser.
Mais le message datait d'il y a déjà plus de quatre heures. Tant pis, ce Sofiane qui lui tournait tout le temps autour, elle en avait de toute façon marre. Marre aussi de la plage, c'est croire qu'il n'y a que ça à faire durant l'été à Alger; à part peut-être manger, ah ça oui il y en a des fast food à profusion et des restaurant de toute sorte! Marre de cette foule de pseudo-amis qui disparaissent 3 semaines et réapparaissent ponctuellement. Marre de ce manque de savoir vivre général et du peu loisirs. Marre de cette chaleur et puis marre d'en avoir marre d'ailleur !
Voyons voir qui est connecté. Tiens, qui sont encore ces trois personnes qui m'ont ajoutés ?
Internet avait du succès dans cette ville dortoir. Tout le monde s'y retrouvait pour discuter, rencontrer, draguer et parfois même se marier. C'est que les rues d'Alger sont loin de fournir le climat serein nécessaire à ce genre de rencontres. Elles ne sont pas très tolérentes des baisers amoureux, des filles/femmes un peu trop déshabillées; correction : elles ne sont PAS tolérentes des filles/femmes, tout simplement.
Alors l'anonymat d'Internet constituait une plate-forme alternative qui mettait à nue la réalité, l'existance de désirs charnels chez les Algériens comme pour le reste de l'humanité et l'hypocrisie d'une soi disant foi religieuse bien respectée.
Bien, il était encore trop tôt pour trouver assez de personnes (intéréssantes) connectés, dans cinq heures le tier des contact seront connectés. Là Méjda sera comme un poisson dans l'eau. Elle échangera des messages à travers les blogs, les réseaux sociaux, la messagerie instantannée. Elle retouchera ses belles photos de l'année, commentera celles de ses 408 contacts sur Facebook, publiera un article sur son blog qui sera peut-être lu par ses 1272 "amis", et parlera a une fraction de ses 311 amis sur MSN. Ce soir elle sera une star ! ça fusera dans tout les sens, les disques dur seront en ébullutions, les yeux en agitation, les jambes en excitation.
En attendant, que lui restait-il a faire ? Se déconnecter l'esprit de la réalité dans le flot d'images et de son de la télévision. Un milier de chaines pour "tuer" le temps. L'extase quoi.
La clef dans la serrure. C'est les parents ! Qui viennent rapidement eux aussi se déconnecter.
On mange généralement à vingt heures à Alger. Mais avec une telle chaleur, personne n'a vraiment faim. Les diners sont donc plus des actes de présence qu'un repas. On mange frais pour se rafraichir, mais c'est souvent dérisoire. De toute façon la viande a encore augmenté de prix. La mère prédit qu'à ce rythme, bientôt la viande sera plus cher que l'or !
Il ne fait pas encore nuit mais ce n'est plus le jour. Méjda risque une tête hors du balcon. Les retardataires courent à leur trou à rat comme lors d'un couvre feu. Alger la blanche; comme pour les draps d'un lit ?
Malgrè tout, une poignée d'homme de tout bord restera une bonne partie de la nuit dehors.
Elle retourne à sa chambre. Méjda se connecte. Méjda déconnecte ses soucis. Méjda oublie les Algérois et ne garde que le plaisir du débit de ses doigts sur les touches du clavier. Rapidement l'horloge passe vingt et une heure à minuit. Là, ça commence à devenir moins intéréssant : Elle a remplit toutes ses "obligations" imposées par une vie virtuelle, il reste de moins en moins de gens connectés et toujours pas de garçon digne d'elle à l'horizon. Malgrè cela, il y a encore moyen de discuter et flaner sur le toile jusqu'à trois heures du matin. Au delà, soit on a un très bon ami connecté, soit on a quelque chose de concret à faire, sinon on part.
Elle est à présent allongé sur son lit. Les rideaux sont fermés, la lampe éteinte. Plus rien à part une stupide veilleuse ne pouvait troubler le repos forcé de Méjda.
Mais le cri du matin était revenu dans sa tête. Comme ces chansons qu'on écoute qu'une fois et qui restent toute une journée, se déforment, se répétent trois cents fois, harcelent, violent notre tranquilité. C'était le cri de la mort, inimitable et au dessus de toute tonalité. Un cri d'une intensité progressive, une longue apogée plaintive et une chute définitive.
Elle avait beau se retourner dans son lit, elle ne trouvait pas le sommeil et ce n'est pas les muscles endoloris qui arrangeaient les choses.
Il fallait crier à Alger son amertume et aux algérois le dégout total. Il fallait faire taire ce son, s'en débarasser, le passer à quelqu'un d'autre même.
Le couteau se planta facilement dans le ventre. Méjda cria puis tus. Deux étages plus haut, un garçon se réveilla à l'écoute de ce cri.





